I   Salival dans le réseau GALLIA

2)  Les passeurs de Salival: de courageux fermiers

         

Monsieur Dieudonné Rémy,né en 1902, sa femme Georgette,née en 1910 et leurs quatre enfants dont leur fils aîné Robert sont fermiers à Salival (ferme située non loin de Vic et Moyenvic) quand la guerre 1939-45 éclate.(un cinquième enfant naîtra en 1944).

L'Allemagne annexe le département de la Moselle et rétablit la frontière de 1871.


La France découpée en zones pendant la guerre 1939-1945


Détail de la frontière de 1871



Dés 1940, la famille Dieudonné sert  la cause de la France et de ses alliés sous l'occupation allemande.
Elle a organisé le passage des prisonniers évadés et des jeunes gens voulant se soustraire
au service de l'Allemagne et a hébergé plus de 1200 prisonniers de toutes nationalités (Témoignage de quatre prisonniers serbes). Une excellente connaissance de la langue allemande permettait à Rémy Dieudonné de nouer de bons contacts avec les douaniers de la frontière située entre Arracourt et Moyenvic, distante d'environ quatre kilomètres de Salival, et se faisant, de connaître l'heure exacte de leurs patrouilles dans les bois . Ainsi  Rémy et son fils Robert pouvaient faire passer la frontière de nuit aux réfugiés plus aisément, le plus souvent à pied, parfois en voiture quand l'état des évadés le nécessitait et à condition que le fermier ait pu se procurer de l'essence pour faire rouler sa citroen C4G.

En mai 1941, ils passèrent les capitaines Schram Paul et Guillaud Claude qui plus tard participèrent au réseau Gallia. Se rappelant la famille Dieudonné, les capitaines reprirent contact avec eux lors de la création du réseau Gallia en février 1943 et les immatriculèrent  en mars 1943 comme agents de liaison et passeurs.

En septembre 1944, à l'approche des Américains, M.Dieudonné Rémy et son fils Robert, alors âgé de douze ans, ont plusieurs fois franchi les lignes pour transmettre des renseignements sur les positions des troupes allemandes (un caporal-chef communiste allemand de Dantzig fournissait les cartes renseignées à Robert  qui transportait ces cartes aux américains en les plaçant sous sa chemise), l'emplacement des champs de mines, l'arrivée des renforts et pour conduire de nombreux évadés et blessés dans les lignes alliés.

Pour ces faits, M.Dieudonné Rémy obtint ces médailles et trois diplômes:


-la légion d'honneur en 1948
,
-la croix de guerre avec palme
-la croix de guerre avec étoile de vermeil, annulée et remplacée par la croix de guerre avec palme
-la médaille de la résistance avec rosette
-la croix du combattant volontaire
-la croix du combattant volontaire de la résistance,
-la croix du combattant
-la médaille commémorative des services volontaires dans la France libre
-la médaille commémorative de la guerre 1939-1945 avec barrette "libération"
- le diplôme national de passeur
- le diplôme d'honneur de la résistance
- le diplôme des forces françaises libres




Légion d'honneur Croix de guerre
avec palme

Médaille de la résistance avec rosette
Croix du combattant volontaire Croix du combattant volontaire de la résistance Croix du combattant Médaille commémorative des services volontaires dans la France libre Médaille commémorative de la guerre 1939-1945



 Son fils Robert :

-la légion d'honneur en 2006
-la croix de guerre avec étoile de bronze
-la croix du combattant volontaire
-la croix du combattant volontaire de la résistance,
-la croix du combattant
-la médaille de reconnaissance de la nation
-la médaille commémorative des services volontaires dans la France libre
-la médaille commémorative de la guerre 1939-1945 avec barrette "libération"
- le diplôme d'honneur aux combattants de l'armée française 1939-1945 (11 novembre 2010)
- le diplôme des forces françaises libres

Légion d'honneur Croix de guerre
étoile de bronze
Croix du combattant volontaire Croix du combattant volontaire de la résistance Croix du combattant Reconnaissance de la nation Médaille commémorative des services volontaires dans la France libre Médaille commémorative de la guerre 1939-1945

Extrait du journal "le Republicain Lorrain" lors du décès de Robert le 23 juin 2012 :

L’un des plus jeunes résistants et passeur de France vient de s’éteindre à l’âge de 80 ans, à la maison de retraite de Vic-sur-Seille. Né le 12 juin 1932, Robert Dieudonné n’avait que sept ans lorsqu’a éclaté la Seconde Guerre mondiale.

Mais dans ses veines coule déjà le sang des patriotes révoltés. Celui, précisément, qui avait poussé son grand-père Charles à créer un centre d’évasion méthodique dès la défaite française de 1870 pour faire passer la frontière à ceux qui le souhaitaient ; et son père Rémy à perpétuer ce combat en 1939-1945, participant de surcroît à la livraison, via le réseau de renseignement Gallia, d’informations à la BCRA de De Gaulle (Bureau central de renseignements et d’action).

Quelque part entre Château-Salins et Moyenvic, à Salival, dans une ferme située sur un domaine quasi-millénaire ayant appartenu à la Maison de Salm, un véritable réseau de passage en France libre avait été mis sur pied par les Dieudonné.

Ralliant les dix kilomètres jusqu’à Arracourt en Meurthe-et-Moselle, Rémy et son fils Robert ont fait passer des prisonniers français, américains, yougoslaves ou encore polonais par centaines. Le chiffre de 1 241 est avancé. Tandis que Rémy cachait et nourrissait les hommes, son fils et lui se chargeaient, entre autres, de les conduire par les forêts du Saulnois jusqu’à un point de la frontière situé entre deux postes douaniers allemands.

Pour ces faits de bravoure, tous deux ont reçu la Légion d’honneur (en 1948 pour Rémy et en 2006 pour Robert), tout comme ce fut le cas de l’aïeul Charles. Une décoration sur trois générations qui, en cela, est déjà exceptionnelle.

Mais Robert Dieudonné a également été décoré de la Croix de Guerre avec étoile de bronze à 12 ans, un âge auquel la plupart des jeunes passaient le certificat d’études.

Un an avant, il avait été immatriculé comme agent de liaison du réseau Gallia à Londres sous le numéro 20180 et sous le pseudonyme « Boby Lapin ».

Il n’avait alors même pas onze ans !



Sa femme, Georgette Dieudonné  :



 Mme Georgette Dieudonné ( née Delahaye, fille du colonel Delahaye ayant fait fonction de général en 1940 sur la ligne Maginot, officier de la légion d'honneur), qui s'occupait de la nourriture, de l'habillement et de la santé des réfugiés, a quant à elle été décorée de la croix du combattant volontaire,de la médaille commémorative des services volontaires de la France libre, de la médaille commémorative de la guerre 1939-1945 et a reçu le dipôme national de passeur ainsi que le diplôme des forces françaises libres.

Croix du combattant volontaire Médaille commémorative des services volontaires dans la France libre Médaille commémorative de la guerre 1939-1945







A la Mémoire de mon père, le plus jeune des soldats sans uniforme et de la Résistance, par Patrick Dieudonné.


Histoire d’une famille de Résistants ,tous décorés de la Légion d’Honneur, dans la tourmente de 1939-1945 en zone annexée (Moselle) : La famille Dieudonné, passionnément française, à Salival.

Salival est située dans l’est de la France, dans le département de la Moselle à 30 Kms de Nancy et 40 Kms de Metz, entre Château-Salins et Vic sur Seille, à vol d'oiseau de Marsal, dans la vallée de la Seille au pays du Saulnois.

Salival, ancienne Abbaye des Prémontrés fondée en 1140 par Mathilde de Salm, nécropole de la famille princière de Salm jusqu’au 14éme siècle, fut aussi une commune entre 1789 et 1888, , puis ferme agricole.

Entre 1939-45, alors que l'Allemagne a annexé le département de la Moselle et rétablit la frontière de 1871, la ligne de front est à Arracourt ( 54) et Vic/Seille ( 57) .

Salival devint un centre d’évasion..

C’est dans ce lieu qu’est né mon père le 12 juin 1932.

Membre de la SMLH( Société des Membres de la Légion d'Honneur) , Croix de Guerre à 12 ans et membre de la Centurie des plus jeunes Croix de Guerre de France ( 1914/18- 1939-45)

Légion d’Honneur (, 13/07/2006), il est décédé le 23 juin 2012 à l’âge de 80 ans, après avoir passé 65 ans de sa vie à Salival.

Agé de 8 ans en 1940, il fut à 11 ans le plus jeune soldat sans uniforme de France.

Immatriculé au BCRA( Bureau central de renseignements et d’actions : Services Secrets du Général de Gaulle) à 10 ans, puis à Londres le 1er mars 1943 , sous le numéro 20180, son pseudo était « Lapin », «  Boby ».

A 12 ans , il est décoré de la croix de guerre avec citation !

Robert Dieudonné s’est vu remettre La légion d’Honneur le 13 juillet 2006 au monument aux Morts par le lieutenant-colonel Masson correspondant SMLH pour Château-Salins ( Moselle, 57)

Si la presse a relayé la disparition de Robert Galley, grande figure de la Résistance, et mari d’une fille du maréchal de Hautecloque, il faut aussi rappeler que des plus humbles eurent également des actions courageuses, faisant d’un lieu, ici la ferme de Salival, un centre d’évasion et de combat pendant la guerre de 39-45, avant de retourner dans l’anonymat du quotidien.

La vie de Robert Dieudonné et plus largement de sa famille illustre le caractère singulièrement résistant des Lorrains très attachés à leur très longue histoire d’indépendance.

C’est ainsi que Rémy Dieudonné ( Légion d’Honneur 1948), mon grand-père , demandait à chaque prisonnier évadé par Salival, de dire aux autorités françaises en zone libre, qu’il voulait rester Français…..

Tous les membres de cette famille : Robert, Rémy et Georgette ( ma grand-mère) ont donc fait de la ferme de Salival dès 1940, un centre particulièrement actifs de résistance, centre d’évasion, faisant évader, hébergeant, et transférant en zone libre, 1241 prisonniers français, serbes, polonais, italiens, russes, tout en renseignant à partir de 1944, les armées françaises et américaines (4eme armée blindée du Général Patton) sur la situation locale de l’armée allemande.


Mais revenons au début de cette Histoire, qui commence en 1870 quand les allemands ont annexé la Moselle et tentent de la germaniser. Ils établirent une frontière gardée.

Charles Dieudonné( 1865-1949) , le grand-père de Robert a alors 5 ans , et va suivre des cours de français, contre l’obligation de suivre les enseignements en allemand, auprès d’un instituteur francophile à Maizières-les-Vics , alors qu’il habite une ferme à 3 kms du village.

Par la suite il deviendra régisseur, en 1888, de la ferme de Salival, qui sera occupée par les Allemands pendant la guerre 1914/1918. S’il habitait à Salival la grosse maison de ferme, l’abbatiale alors vide était néanmoins occupée par des prisonniers russes entre 14/18.

Affirmant sa francophilie, il sera interné à la forteresse d’ Ingolstadt en Bavière, avec le Général de Gaulle. Son père Joseph Arsène ( 1822-1882) sera emprisonné comme opposant à la germanisation : il refusera de porter le casque à pointes !

Il est fait chevalier de la légion d’Honneur en 1935.

La vigne à Salival produisait du vin blanc, et la cave contenait des tonneaux. 1914 fut une très bonne année pour les vins. Mais progressivement les vins du midi lui font concurrence.

Dés 1900 la ferme était équipée du téléphone.

La radio fut achetée en 1938, et fut équipée sur la batterie de la voiture, et dans la cuisine.

A la ferme il y avait 30 chevaux, dont 6 de labour. Un tiers des surfaces ( 300 ha) sont dédiées à des cultures non ensemencées, et 10 employés sont nécessaires au travail de la terre.

Le propriétaire est alors Robert Dieudonné, ( autre que mon père !) qui a hérité du domaine du baron Viard ( Paris).

Charles surveillait, comptait les animaux dans les parcs, et a commencé à faire des parcs : il a ainsi utilisé les 1ers barbelés pour réorganiser les bocages/haies et y mettre les bœufs dedans.

Il s’est ainsi constitué un trésor de pièces d’or qu’il a donné au gouvernement français de Poincaré. ( franc or de 1928)

« Charles,en 1940, aidé par l’instituteur d’Arracourt, commune de Meurthe et Moselle , distante de Salival de 10 Kms , va établir de faux titres de propriété et de locations de terrains , qui lui permettront l’obtention de laiser-passer frontaliers permanents. Puis des locations de pâturages à moutons et de chasses communes situés à la frontière, lui permettent d’observer les douaniers allemands et de les « apprivoiser ( Discours de M Zint , Président des Anciens Combattants de Vic/Seille, 13/07/2006.)

Son fils Rémy Dieudonné ( 1902-1984),mon grand-père, sera le dirigeant du centre d’évasion à Salival.

Il se marie à Kehl en 1929, en pleine crise boursière, avec Georgette Delahaye alors âgée de 19 ans.

Fille du Général Delahaye( 1883-1966 Légion d’Honneur en 1915, puis Officier de la Légion d’Honneur en 1928, Chef d’Etat major du Commandement supérieur de la Défense des places du groupe de Toul, et du gouvernement de Toul (54) en 1931. Le 1er juin 1940 il commande la 70eme DI division d’infanterie comme Général. Capturé à Padoue dans les Vosges ( 88) le 21 juin 1940, il s’enfuit du camp de captivité en 1942, et passe la frontière en zone libre le 10 octobre 1942)

Mon grand –père devient fermier à Salival en 1929, le train de culture lui appartient : animaux, marchandises, mais pas la terre, dont le propriétaire reçoit le fermage.

Cinq enfants vont naître : Colette en 1931, Robert en 1932, Hubert en 1939, Michel en 1941, Michel en 1941, et Denis ( dans la cave) en 1944.

Dés 1940, naissent en France les premières filières d’évasion qui viennent en aide aux évadés, agissant par pur patriotisme.

A Salival, dés le rétablissement de la frontière de 1870 par les allemands, mon grand-père  passe à l’organisation méthodique d’un centre d’évasion, dont tout fut conçu et préparé par mon arrière grand-père et mon grand -père, et fréquenté jusqu’au 20 novembre 1944. 

Mobilisé le 23 août 1939, il se met volontairement à la disposition des unités d’arrière gardes, où il est requis comme guide-forestier pour sa connaissance parfaite des forêts et des chemins forestiers de la région.

Il est donc mobilisé à Salival comme passeur, à la demande des autorités militaires

Il aide à la mise en place et à la retraite des derniers éléments chargés du retardement de l’avance allemande en juin 1940.

Il aide dés ce moment de nombreux soldats français isolés dans la forêt qui se cachent pour ne pas être faits prisonniers des Allemands ;

Les Allemands ont occupé la ferme : toile de tente, installation dans la cour de campement en rétorsion à des mitrailleurs français qui avait fusillé des allemands qui traversaient la Seille à Moyenvic….

La ferme servait de base aux Allemands pour y mettre leurs prisonniers : les premiers prisonniers étaient des français qui devait travailler à la ferme. Mon grand père les aida à s’échapper en les conduisant à la frontière en zone libre à Arracourt ;

Les prisonniers arrivaient de nuit par la forêt, descendaient du train à Hampont , à Bénéstroff.

Ainsi dés juillet 1940 , il commence à recevoir dans sa ferme les premiers prisonniers de guerre Français évadés.

«  En 1941, évadé d’Allemagne, et se trouvant à Riom dans le Puy-de-Dôme, le Commandant Schram demande à Mme Dieudonné( ma grand-mère) de signaler son évasion au capitaine Terlin, pseudo Lorrain. Le Commandant Schram, devenu chef adjoint de la région Sud-est pour le réseau Gallia en 1943, fera immatriculer Rémy, Robert et Georgette au réseau Gallia pour leurs activité de passeurs et d’agents du renseignement.

Ils deviendront pour le réseau des éléments incontournables en zone interdite.

Sur la Lorraine, existait déjà un réseau, LORRAIN O.R.S.G 1280 Jean-François( réseau d’évasion et de renseignements militaires), auquel un certain nombre de responsables de secteurs opérant sur la Lorraine et sur Paris appartenaient, et qui seront régularisé agents P1 ou P2 du réseau Gallia à la Libération.( source : Amicale mémoire Gallia , mars 2007)

 Mes grands-parents et mon père en ont fait partie (Réseau Lorrain) dés le déclenchement des hostilités en 1939.

La zone d’activité du Réseau Lorrain O.R.S.G 1280 Jean François est la Meurthe et Moselle, la Moselle, Paris puis son rattachement à la région Est de Gallia.

Rémy, comme l’avait fait son père Charles, et aidé par l’instituteur d’Arracourt, commune de Meurthe et Moselle , distante de Salival de 10 Kms , va établir de faux titres de propriété et de locations de terrains , qui lui permettront l’obtention de laisser-passer frontaliers permanents. Puis des locations de pâturages à moutons et de chasses communes situés à la frontière, lui permettent d’observer les douaniers allemands et de les « apprivoiser », rendant plus aisé le franchissement de la frontière située entre Moyenvic et Arracourt pour les évadés.

Mon grand-père Rémy, fut contacté par les agents de Gorce Franklin , du réseau de Résistance Gallia. Il rassemble à ce titre, et « provoque » des renseignements intéressants venant de l’entourage immédiat du Feldmarchal Von Witzleben, d’un garde général de la Maison des Hohenzollern, et d’autres « racailles » de Hitler… comme l’ a écrit mon grand-père. Il transmet ces renseignements dans les quinze jours au plus tard. ( Notes ,Office Départemental des Anciens Combattants Moselle).

«  C’est bien un Patriote Lorrain, qui n’a cessé sous l’occupation allemande, de servir la cause de la France et de ses alliés .

Dés les premiers mois de l’occupation, il a organisé le passage des prisonniers évadés et de jeunes gens voulant se soustraire au service de l’Allemagne.

Il n’a pas hésité à subordonner toute son activité à ce but , comme il a été écrit dans le décret du 28/02/1949 (pour la nomination à l'ordre de la Légion d'Honneur): «  il a fait des achats lui donnant prétexte à passer la frontière en Meurthe et Moselle, il a accumulé les renseignements utiles, il n’a négligé pour réussir ni son temps, ni son argent, ni sa peine.

Il ne s’est laissé décourager ni par les menaces, ni par les interrogations, ni par l’arrestation de ses filles de ferme, ni par les perquisitions faites chez lui, se tirant au contraire de ces difficultés avec un admirable sang-froid et un esprit d’à propos hors pair. »

C’est ainsi qu’il a procédé à des achats de bois, et forêts antidatés, lui permettant de se rendre propriétaire de bois , et de pouvoir ainsi se rendre directement et officiellement dans les bois frontières , avec voiture et personnel constitué en partie par des gens qui s’évadent.

Des gens qu’il fait ainsi passer à coup sûr ou qui ne peuvent marcher les 10 Kms de Salival à Arracourt.

Cependant leur acheminement de Moselle en Meurthe et Moselle avait lieu , le plus souvent, de nuit à travers champs, et en passant la Seille sur des passerelles entre Marsal-Moyenvic, ou Moyenvic-Vic, les ponts et les carrefours étant souvent gardés.

Le trajet aller et retour durait de 3 à 6 heures selon l’obscurité et a été fait des centaines de fois par mon grand- père et mon père, qui étaient en tête avec fusil et jumelles de nuit, suivi à distance , par ceux qui s’évadaient.

Le 14 septembre 1944,à l’arrivée des troupes américaines, en haut de Moyenvic, Salival se trouvant dans le secteur défensif allemand de la forêt de Bride, mon grand-père et mon père , alors âgé de 12 ans, ont franchi 7 fois les lignes allemandes , et en établissant le contact avec la 4éme DB américaine à Arracourt. Ils ont transmis des renseignements : sur la position des troupes allemandes , l’emplacements des champs de mines, des postes d’observation sur la côte 310 ( Mont St Jean, ou Hill 310) les emplacements des batteries, les ouvrages défensifs, et l’arrivée en Sarre d’importants renforts allemands ( 3 divisions ) ainsi que leur acheminement vers le front . Et des renseignements important concernant les Nazis.

Si la bataille du Mont St Jean a fait 400 morts du coté américian, elle en a fait 300 du côté allemand. Les corps étant descendus à remorques à cheval….

(Un cadre représentant un jeune soldat américain de 20 ans, Herbert Cane Junior ( 1924-1944), US 101 ST Infantery, 26ème division, est fixé dans la chapelle de St Livier, en souvenir de la bataille du 10 nov 1944 sur le mont St Jean. A l’endroit même où St Livier aurait été décapité par les Huns en 451, ayant échoué à protéger Metz de l’envahisseur barbares( les Huns…)).

Ils conduisirent ainsi de nombreux évadés et des blessés dans les premières lignes américaines,  des blessés abandonnés par les patrouilles américaines, des aviateurs allemands, des déserteurs alsaciens et lorrains de la Wehrmacht….

Entre juillet 1940 et novembre 1944, 1241 prisonniers de guerre dont 500 français , des Serbes, des polonais, des Russes, des Italiens, ont été hébergés à Salival.

Il y eut également de faux prisonniers de la Gestapo : la Gestapo a envoyé plusieurs fois des faux prisonniers dans la ferme entre 1941 et 1943. Grâce à leur berger , Monsieur Ziegler, qui les avait prévenu, de la présence de 3 faux prisonniers venus leur tendre un piège, Madame et Monsieur Dieudonné ont pu éviter une arrestation certaine.

L’habillement , la préparation des repas et les soins aux évadés malades incombait à ma grand-mère , Georgette . Elle ne se laissa décourager ni par les perquisitions , ni par les arrestations des filles de ferme, ni par la propre arrestation de son mari par la Gestapo.

Elle a pris des risques en envoyant depuis Arracourt, de la nourriture et des vêtements , colis pour son père : le Général Delahaye, prisonnier des Allemands dés juin 1940.

Je sais par mon père qu’elle a fait preuve d’un cran inouï face à quelques officiers de la Gestapo , sauvant la vie de mon grand-père.

Elle est titulaire de la Croix du Combattant volontaire, affiliée au réseau Lorrain JF 1280 de renseignements militaires dés 1939 , rattaché à Londres, puis incorporée au Réseau Gallia en 1943 sous le pseudo Bichette ( N° 20181).

Mon père ,qui était à l’école allemande à Moyenvic pendant 4 ans , ( l’instituteur allemand ayant été mobilisé en Russie en 1940, c’est une institutrice lorraine qui sera mise en place , et « plus nazie   que les allemands », dira mon père dans ses mémoires.) fut aussi immatriculé au réseau Gallia en 1943 sous le pseudonyme « lapin ».

Ainsi de mon père il est dit pour l’attribution de la croix de guerre avec étoile de bronze

«  Patriote lorrain qui, malgré son très jeune âge, a toujours fait preuve d’un cran admirable sous l’occupation allemande de 1940 à 1944. A secondé son père pour l’hébergement des prisonniers évadés recueillis et cachés dans la ferme paternelle, ainsi que le passage de ceux-là à la frontière de la Moselle en Meurthe et Moselle. A l’approche des Américains le 19 septembre 1944, alors âgé de 12 ans et bien que la ferme fut encore occupée par les Allemands, s’est infiltré dans les lignes ennemies pour conduire aux américains trois prisonniers en difficulté » décision N° 671 , Ministre des Forces Armées, 1947.

Trente-cinq témoignages  attestent des mérites de cette famille Dieudonné.




Remarque : Un ouvrage est paru pour relater l'histoire de cette famille et les événements survenus à Salival. S'adresser à salival2@wanadoo.fr pour toutes questions relatives à ce livre.

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